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Christian Bobin

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> Les Arts (autrement dit : les choses vraiment intéressantes) -> La Littérature : ce que vous aimez ou ce que vous écrivez
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Patrice Guyot
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Messages: 8 096
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MessagePosté le: Sam 4 Déc - 16:48 (2010)    Sujet du message: Christian Bobin Répondre en citant

J'admire beaucoup l'écriture de Christian Bobin :

Un jour, dans cette absence égale, chronique, vous recevriez ces lettres, trois lettres. L’apparence serait celle d’un livre. L’auteur ce serait vous, c’est à dire un autre. Un passant. Une ombre, lointaine. Personne.
Souveraineté du vide
 
Regardez ce livre. La lumière qu’il fait entre vos mains. Je parle ici d’une lumière matérielle, évidente : celle des forêts, des arbres que l’on abat pour obtenir ce papier, des ondées et des éclaircies qui font croître ces arbres, des huiles et des pigments qui donnent à l’encre une âme noire, du jour qui entre par la fenêtre et qui surprend parfois, plus que la nuit.
 
Quant aux mots écrits sur ces pages : quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire.
 
Juste ça.
Souveraineté du vide
 
J’écoute des musiques. Beaucoup de musiques. Mozart. Schubert. Le chat-Mozart : il se déplace sans heurt, par glissements, par frôlements, sans froisser les feuillages de l’air, sans renverser le moindre silence. Il tourne doucement autour d’un oiseau-lumière, sans jamais le quitter des yeux, sans jamais conclure le jeu par une prise, par un rapt.
 
Tout est donné, offert. Chaque degré de l’abîme est compté. Pure contemplation, pure douleur.
 
Je regarde le beau temps par la fenêtre. Cette candeur du soleil.
 
Je pense à vous dont je ne sais rien.
Souveraineté du vide
 
L’art, le génie de l’art n’est qu’un reste de la vie amoureuse qui est la seule vie.
Une petite Robe de Fête
 
Les livres ne disent pas la vérité, ils en indiquent le passage le plus récent. Ils sont comme ces chemins de neige où peuvent se voir les traces des bêtes enfuies.
La merveille et l’obscur
 
Je ne prends intérêt qu’aux livres qui rendent malade, qui entrent par effraction, aux livres voleurs de poules, voleurs d’enfants. Les livres qui ne me bouleversent pas, au fond, c’est comme les couples sans histoire loin de m’apaiser, ils m’effraient.
La merveille et l’obscur
 
Il y a un principe de folie dans l’écriture, dans cet inlassable monologue d’une voix éprise d’elle même, suffisante. Si un tel arrangement des mots est parfois secourable, c’est sans doute parce que notre cœur s’y retrouve tel qu’il est dans son fond : lui aussi enclos dans sa propre préférence et disputant toujours des mêmes choses, sans souci de conclure. Ressassant. Comment sortir de soi ? Parfois cette chose arrive, qui fait que nous ne sommes plus enfermés : un amour sans mesure, un silence sans contraire. La contemplation d’un visage infini, fait de ciel et de terre.
Lettre d’or
 
Que veut une femme lorsque, comme vous, elle s’habille d’un mot d’amour qui la dérobe à nos yeux et l’offre à nos songes ?
Lettre d’or
 
C’est un mot obscur que celui d’amour. Il résonne dans nos cœurs comme celui d’un pays lointain dont, depuis l’enfance on a entendu vanter les cieux et les marbres. Il dit ce qui délivre, il dit ce qui tourmente. Il est enroulé sur lui-même, luisant et creux, comme ces coquillages que l’on porte à l’oreille pour y entendre l’infini.
Lettre d’or
 
Allant hors de toi pour mieux te rapprocher du centre, jusqu’à ce point du plus grand trouble qui est aussi celui de la plus grande paix.
Le colporteur
 
Je serai riche par tout ce que je perdrai. Le monde de l’esprit n’est rien de différent du monde matériel. Le monde de l’esprit n’est que le monde matériel enfin remis d’aplomb. Dans le monde de l’esprit c’est en faisant faillite qu’on fait fortune.
Le Très-Bas
 
Une vie neuve, c’est ce que l’on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne, n’a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu’en s’étant assurés d’une monnaie d’échange dans leur main droite : on voudrait bien d’une vie nouvelle mais sans perdre la vie ancienne. Ne pas connaître l’instant du passage, l’heure de la main vide.
Le Très-Bas

Je lui ai écrit cette lettre :

Paris, le 21 Février 1995 
  
 
 
 
Ecrivain, mon frère,
 
Nous ne nous connaissons pas, sauf que je vous connais, évidemment. J'ai reçu hier vos trois lettres (celles de la Souveraineté du Vide), à moins que ce ne soit les miennes, comme vous le suggérez ; écrites il y a dix ans et qui ont traversé cette épaisseur de temps de vous à moi.
 
Il y a un moment que j'avais envie de vous écrire et ce matin, dans un train, plongé dans ce livre, lisant "Je pense à vous dont je ne sais rien.", j'ai décidé de le faire.
 
Peut‑être pour dire la lumière. Celle des arbres et des ondées (mais là je vous cite !). Celle surtout qui coule de votre plume, qui vient de votre encrier et qui illumine la vie de qui vous lit. A cause de la justesse de vos mots, à cause de leur splendeur.
 
J'écris, moi aussi, et c'est une autre raison de ma lettre. Autrefois, j'étais surpris en découvrant que les écrivains d'une même époque se connaissaient généralement, s'écrivaient. J'ai découvert depuis comment se font ces choses et bien que n'ayant encore rien publié, j'ai entrepris quelques relations épistolaires, par exemple avec le merveilleux Jean Rouaud. Je n'ai pas encore grand chose d'achevé... Quelques nouvelles et un roman, en route depuis un an et demi, dont l'ambition est de tenter d'explorer les rapports entre le réel et l'imaginaire, le vrai et le faux, le certain et l'illusion. Vaste programme !
 
A vrai dire, si j'ai aussi peu travaillé jusqu'à maintenant, c'est que j'ai fait d'autres choses et que sans doute j'avais besoin plus qu'un autre de vivre (et de souffrir, mais l'un va‑t‑il sans l'autre ?) avant de pouvoir communiquer quelque chose de fort - et autrement à quoi bon : rien ce n'est pas mal non plus - Enfin, depuis quelques mois je me suis mis  sérieusement à l'ouvrage, comme un artisan, comme vous sans doute. Je profite d'une période de changement absolu, professionnel et sentimental pour sortir d'une logique économique et mentale qui m'éloignait de la nécessité d'écrire.
 
Il y a vingt ans, j'écrivais pour une Marie‑Christine lectrice de Proust elle aussi, le petit poème que voilà et qui a quelque rapport avec votre "C'est dans cet écart de la solitude que fleurissent d'étranges mots..."
 
Mots vieux mots
Avec vos yeux de verre
Risquez d'aveugler l'eau
Indifférents aux airs
Envers des décors
 
Cet écart entre les ors
Hante l'amour pur
Réveillant les querelles anciennes
Idéal le jaune du petit mur
Se dévoile aux persiennes
Telle est la distance
Insinuée entre le nom et le baiser
Nommé il sent le rance
Et plutôt le donne qu'en parler
 
Nous avons des points communs. Nous sommes nés en 1951. Nous aimons Proust. Lorsque vous écriviez ces lettres auxquelles je réponds si tard, j'habitais à côté d'Etang sur Arroux, près du Creusot, vivant une autre période difficile de ma vie, à la fin d'un amour. J'avais un chat que j'avais appelé Mozart (votre chat‑Mozart !)... n'est‑ce pas étrange et fascinant à la fois, ne touche‑t‑on pas là aux liens ténus entre le possible et l'impossible, le probable et l'improbable ?
 
Inutile de dire que je serai très heureux si vous me répondiez, si toutefois vous en trouvez le temps et en avez l'envie... mais rien ne vous y oblige, ce que vous écrivez dans vos livres est déjà un tel cadeau ! et j'ai beaucoup de chance : il me reste pas mal de choses de vous à lire.
 
Bien à vous.
 
 
                           Patrice Guyot

Voici sa réponse :









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MessagePosté le: Sam 4 Déc - 16:48 (2010)    Sujet du message: Publicité

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