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Les sans-papiers, la honte

 
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Patrice Guyot
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Hors ligne

Inscrit le: 13 Oct 2007
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Localisation: Paris - Saïgon

MessagePosté le: Mer 4 Juin - 20:49 (2008)    Sujet du message: Les sans-papiers, la honte Répondre en citant

Sans-papiers, la honte

La France mène une politique indigne contre des étrangers intégrés, occupant un emploi dans des secteurs délaissés



Grèves de la faim, automutilations, suicides, dépressions, combien sont-ils, ces étrangers sans papiers, en France parfois depuis plusieurs années, ayant un emploi, une famille, des enfants, payant des impôts, qui se trouvent brutalement placés en centres de rétention, c'est-à-dire privés de liberté, sans procès et sans l'intervention d'un juge ?

Combien d'étrangers en situation irrégulière, mais parfaitement intégrés à la société française, vivent avec la peur au ventre parce qu'à tout moment un contrôle d'identité peut faire basculer leur vie ? D'où vient qu'il faille ainsi reconduire à la frontière des étrangers sans problème et utiles à notre économie ? La France n'est-elle pas précisément un pays d'immigration qui s'est enrichi des apports économiques et culturels de vagues successives d'immigrants ?

Des démographes tels qu'Hervé Le Bras nous apprennent qu'au motif que la France est considérée traditionnellement comme un pays d'immigration, on a pour habitude de ne pas comparer l'immigration à l'émigration. Or ils nous montrent que le solde migratoire est positif de l'ordre de 6 000 personnes par an, ce qui veut dire qu'il est quasi nul, car sur la décennie 1993-2002, 520 000 personnes ont quitté le territoire français.

Certes ne sont pas comptés les immigrés clandestins, mais sait-on combien d'étrangers entrent illégalement sur notre territoire chaque année ? L'Institut national d'études démographiques nous disait 13 000 par an en 2004, alors que le ministère, qui, pour justifier sa politique des quotas, a besoin de gonfler la donne, annonce 80 000 à 100 000 par an ! Et cela sans parler du solde migratoire des illégaux que l'on ignore ! Comment bâtir une politique pertinente et humainement équilibrée dans une telle imprécision ?

A ce constat s'ajoute la nécessité croissante d'une immigration apte à remplir des emplois non pourvus dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, les services à la personne, les hôpitaux. Et aujourd'hui nous assistons à ce spectacle inédit d'une alliance entre la CGT, le patronat de la restauration et les salariés en situation irrégulière pour obtenir leur régularisation.

Chose plus surprenante encore, la résistance du gouvernement et de l'administration à accéder à cette demande pour 600 personnes, salariés sans papiers grévistes, alors que les besoins, selon les employeurs de ces secteurs, sont de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers. Comment comprendre cette attitude de la part d'un gouvernement dont l'obsession est de relancer l'économie ? On ne sait pas assez que, dans les dix ans qui viennent, compte tenu de la situation démographique de la plupart des pays européens, ceux-ci rivaliseront de stratagèmes pour attirer une main-d'oeuvre étrangère afin d'occuper des emplois désertés par les nationaux.

Aujourd'hui, nos politiques sont à ce point englués dans une chasse aux sans-papiers, assimilés aux trafiquants en tout genre et aux incendiaires de voitures dans les banlieues par un inconscient collectif gravement entretenu, qu'ils sont incapables d'envisager de régulariser une main-d'oeuvre en situation irrégulière. L'absurdité a été poussée à son comble avec cette politique des quotas de 25 000 reconduites à la frontière par an, politique du chiffre alors qu'il s'agit d'hommes, de femmes et d'enfants, politique aveugle qui broie des vies, sépare des familles, emprisonne sans autre délit que d'avoir voulu vivre normalement dans un pays riche.

Savez-vous que, pour remplir ces fameux quotas, des préfets zélés, tel celui des Hauts-de-Seine, n'hésitent pas à mettre en place de véritables pièges à sans-papiers, en donnant des consignes pour arrêter des personnes de bonne foi souhaitant déposer, comme la loi les y autorise, des dossiers de régularisation ? De telles méthodes pervertissent l'esprit de la loi qui a ouvert cette possibilité de régularisation, ce qui suppose que les autorités chargées de recevoir leurs demandes se comportent loyalement.

Il faut interdire l'interpellation aux guichets des personnes qui tentent leur chance de régularisation. Leur démarche est la marque d'une volonté de rentrer dans la légalité. La menace d'une arrestation est de nature à les décourager.

Cette guerre contre les sans-papiers intégrés est une guerre contre l'intérêt général. A Emmaüs nous sommes témoins quotidiennement de décisions de reconduite à la frontière de personnes dont nous pouvons témoigner qu'elles sont parfaitement intégrées, honnêtes, ayant un métier, voulant travailler et en mesure de le faire par leurs compétences.

Il est urgent que nos gouvernants se réveillent, qu'ils constatent que l'extrême droite ayant été laminée, avec habileté il faut le dire, il n'est plus nécessaire de lui donner des gages. Les Assedic ont recensé à 1 298 142 les projets de recrutement des entreprises pour 2008, principalement dans les secteurs du bâtiment, de l'hôtellerie et la restauration, de l'entretien et du gardiennage, de l'industrie et des secteurs social et médico-social.

Ainsi apparaît ce qui était annoncé dès 2000 et que l'on retrouve dans l'exposé des motifs, toujours d'actualité, de la proposition de loi d'origine sénatoriale d'octobre 2000 : " Nous nous trouvons donc dans la situation paradoxale où, dans un contexte marqué par une activité économique soutenue, le marché du travail se caractérise par l'apparition de pénuries de main-d'oeuvre ou de tensions sur certaines qualifications, ou certains métiers, ceci alors même que le chômage reste à un niveau beaucoup trop élevé. "

C'est un fait que la main-d'oeuvre inscrite comme demandeur d'emploi n'est pas en parfaite adéquation avec les besoins exprimés, et qu'une main-d'oeuvre d'origine étrangère est appelée à remplir un certain nombre de ces emplois.

C'est pourquoi laisser dans l'illégalité des personnes qui répondent aux besoins économiques des entreprises serait à la fois inhumain, absurde économiquement et dangereux socialement. Il ne s'agit pas de remettre en question une politique de contrôle des flux migratoires, ni de demander une régularisation de toute personne en situation irrégulière sur notre territoire, mais d'avoir une approche moins idéologique, plus humaine, en considérant qu'une certaine immigration est une chance pour la France.

Il faut se pencher sereinement sur cette question, adopter des principes objectifs qui ne laissent pas aux préfets une marge d'appréciation telle que l'arbitraire soit le plus souvent la règle. Il faut que les acteurs socio-économiques aient leur mot à dire. Il faut tenir compte des avis de ceux qui côtoient, secourent, soignent ces populations, et sortir du désastreux spectacle donné par cette politique du chiffre qui assimile les immigrés sans papiers à des volumes de marchandises à produire.

Et puis, ayant opéré cette mue du regard sur ces hommes, ces femmes et ces enfants, la France qui va présider en juillet l'Union européenne se montrerait digne de sa vocation de patrie des droits de l'homme en s'opposant à l'adoption annoncée, avant la fin du mois de juin, de la circulaire " de la honte ", circulaire qui prévoit de prolonger la durée de rétention des sans-papiers dans les différents pays européens à dix-huit mois, véritable scandale humanitaire.

Christophe Deltombe

Président d'Emmaüs France

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MessagePosté le: Mer 4 Juin - 20:49 (2008)    Sujet du message: Publicité

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MengWan


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Inscrit le: 14 Oct 2007
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Localisation: Nulle part

MessagePosté le: Mer 4 Juin - 21:47 (2008)    Sujet du message: Les sans-papiers, la honte Répondre en citant

+1

J'ai (sur des forums) croisé de nombreuses personnes que n'émeuvait pas le sort de ces "dmnés de la Terre", pour moi c'est un très mauvais indicateur sur l'état du pays.
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Patrice Guyot
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 13 Oct 2007
Messages: 8 096
Localisation: Paris - Saïgon

MessagePosté le: Mer 4 Juin - 22:52 (2008)    Sujet du message: Les sans-papiers, la honte Répondre en citant

Nous sommes bien d'accord !

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:28 (2016)    Sujet du message: Les sans-papiers, la honte

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