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Arrêt sur Images s'intéresse au Vietnam

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> Le PG Express -> SAÏGON 2009
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Patrice Guyot
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MessagePosté le: Lun 9 Mar - 01:40 (2009)    Sujet du message: Arrêt sur Images s'intéresse au Vietnam Répondre en citant

La chronique d'Alain Korkos sur Arrêt sur Images :




Controverses - photographies à histoires
est une exposition née en Suisse, au Musée de l’Elysée de Lausanne. Elle est aujourd'hui présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Pourquoi parler d'une manifestation que seuls les Parisiens ou les vacanciers peuvent contempler ? Parce qu'elle est d'importance et fera date dans l'histoire de la réflexion sur la photographie.

Or donc, quatre-vingts photos des origines à nos jours. Le mime Debureau immortalisé par Félix Nadar vers 1854,



les crimes de la Commune de 1870-1871 photographiés par Eugène Appert,


Massacre des Dominicains d'Arcueil le 25 mai 1871
par Eugène Appert

la mort en direct d'un soldat républicain par Robert Capa en 1936,



le drapeau rouge sur le Reichstag de Berlin en 1945 par Evgueni Khaldei,



le portrait de Che Gevara par Alberto Korda en 1960 (c'est le portrait recadré qui figure à l'expo, et non le cliché original ci-dessous),



et d'autres photographies plus récentes, telles que le Kissing-nun d'Oliviero Toscani pour Benetton en 1992.



On pourrait citer également le Baiser de l'Hôtel de Ville de Doisneau, les photos de Brooke Shields nue alors âgée de dix ans, la dernière photo de Lady Di juste avant le crash, les photos faites dans la prison d'Abou Ghraïb en 2003, ou encore celle d'Angelina Jolie par David Lachapelle en 2004.

L'air de rien, toutes ces images soulèvent une foule de problèmes. En voici quelques-uns rapidement évoqués :

L'authenticité

Photomontage d'Appert voulant nous montrer les crimes de la Commune (on voit des personnages courir, alors qu'en 1871 les appareils photographiques étaient incapables de saisir une personne ou un objet en mouvement) ; petit bout de cigarette effacé des doigts de Sartre sur l'affiche et le catalogue de l'exposition qui lui fut consacré à la Bibliothèque nationale en 2005 ; faux tirages d'époque de photographies de Man Ray ou de Lewis Hine.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <
Photo de Boris Lipnitzki,1946

Le domaine public confronté à la propriété privée

Avec, par exemple, le cas des procès qui eurent lieu à propos du Baiser de l'Hôtel de Ville de Doisneau, intentés par des personnes qui prétendaient être les amoureux photographiés. Ce genre de revendications, qu'elles soient justifiées ou non, posent le problème de la liberté d'expression : si les photographes doivent demander une autorisation écrite à toute personne qu'ils comptent photographier, c'est le droit à la création artistique et à l'information qui sont mis en péril.



Le droit d'auteur et le statut d'oeuvre artistique pour les photographies

Avec le procès que Nadar fit à son frère, qui lui avait usurpé son pseudonyme (Félix Nadar s'appelait en vérité Félix Tournachon) ; le portrait d'Oscar Wilde par Napoléon Sarony (1882), et le procès qui en découla suite à l'utilisation frauduleuse qu'en fit une entreprise en éditant 80 000 exemplaires de la photo.



Le bien et le mal

Est-il pertinent de montrer des photos d'enfants nus (Brooke Shields), de personnes en train de mourir (la petite Omayra Sanchez qui se noie, la photo de ce vautour attendant la mort prochaine d'une enfant soudanaise) ou la dernière photo de Lady Di ?



Pour cette photo, Kevin Carter reçut le prix Pulitzer en mars 1994. Accusé par de très nombreux médias d'être lui-même un vautour, il se suicida deux mois après.

La preuve irréfutable

La photo, comme pièce à conviction censée représenter le réel. Aldrin mettant le pied sur la Lune (on se souvient que certains parlèrent d'une mise en scène réalisée par Stanley Kubrick), ou les prisonniers irakiens torturés. Mais aussi les photos voulant prouver l'existence des fantômes ou des fées.


Fairy Offering Flowers to Iris
par Frances Griffiths, 1920
La propagande
Les faux charniers de Timisoara, les personnages effacés sur les photos de Staline, les photos de Paris sous l'Occupation par Zucca (@si avait consacré un volumineux dossier à ce sujet).



Au total, quatre-vingts photographies accompagnées de panneaux explicatifs nous détaillant leur histoire et les interrogations qu'elles posèrent et continuent de poser, les controverses, les problèmes qu'elles mirent en évidence. Une exposition indispensable à voir, pour toute personne attentive au poids des images photographiques.

Penchons-nous maintenant avec un peu plus d'attention sur l'une des photos exposées à la Bibliothèque nationale :


Petite fille de Trang Bang, Vietnam
par Nick Ut, 1972

Le panneau explicatif nous retrace les conditions dans lesquelles elle a été prise, le 8 juin 1972 : le village de Trang Bang victime d'un raid aérien ; la petite Kim Phuc qui sort en courant d'une pagode, le dos en flammes ; le photographe d'Associated Press Huyng Cong Ut (alias Nick Ut) qui se trouve sur la route et prend la photo. Elle fera le tour du monde, deviendra un emblème, « provoque(ra) une profonde prise de conscience de l'opinion américaine » et Nick Ut obtiendra pour cette image le prix Pulitzer en 1973.

Où est le problème, où est la controverse ?

Dans la légende, dans le contexte. Pour tout le monde, ce village et cette enfant ont été victimes d'un bombardement américain. Qui d'autre aurait pu commettre un tel acte ?

L'armée sud-vietnamienne. Les témoignages sont nombreux à ce sujet car plusieurs photographes et un journaliste de télévision étaient présents quand eut lieu le bombardement. Tous affirment qu'à ce moment, l'armée américaine luttait plus loin contre les forces nord-vietnamiennes. En réalité, l'armée sud-vietnamienne pourchassait des Nord-Vietnamiens qui étaient venus recruter dans ce village et c'est par erreur qu'elle l'a bombardé au napalm.

Que la petite Kim Phuc soit la victime de l'armée sud-vietnamienne ou de l'américaine ne change rien : « Dépassant un fait individuel, le message de la photographie s'universalise », nous affirme le panneau explicatif. La photo de Nick Ut « démontre l'importance du travail des reporters de guerre qui construisent la mémoire visuelle des conflits à défaut de pouvoir les arrêter. Dès lors, l'intérêt d'identifier la nationalité de ceux qui ont lâché la bombe ravageuse est-il vraiment pertinent ? Inversement, en tant qu'allégorie, voire d'icône, une photographie perd-elle complètement sa valeur de document d'événements historiques ?
Au-delà des spéculations quant à l'exactitude des faits représentés et aux pouvoirs qu'aurait eu cette photographie sur le cours de l'histoire, elle raconte le drame d'une fillette en temps de guerre.
»


On voit par là que la polémique, la controverse, est également présente dans les textes accompagnant les photos, ainsi que dans le catalogue qui les reprend et les développe. Car les propos ci-dessus cités peuvent être très largement discutés, contestés, et ce n'est pas le moindre de leur intérêt.

Leurs auteurs - Daniel Girardin et Christian Pirker - remettent en question l'importance de la contextualisation de l'image (« l'intérêt d'identifier la nationalité de ceux qui ont lâché la bombe ravageuse est-il vraiment pertinent ? ») tout en faisant semblant de modérer leur discours par la phrase suivante, elle aussi sur le mode interrogatif (« en tant qu'allégorie, voire d'icône, une photographie perd-elle complètement sa valeur de document d'événements historiques ? »)

Ils font semblant, car la phrase d'après fait mine d'élever le débat, de balayer les interrogations afin de nous assener une belle couche de pathos (« Au-delà des spéculations quant à l'exactitude des faits représentés et aux pouvoirs qu'aurait eu cette photographie sur le cours de l'histoire, elle raconte le drame d'une fillette en temps de guerre. »)

Ils parlent de spéculations. Comme si les conditions réelles du drame n'avaient finalement que peu d'importance. Or il se trouve que ces conditions sont, au contraire, extrêmement importantes. Une photo n'existe que par sa légende, par le discours dont on la pare. Et bon nombre d'images figurant dans l'exposition nous rappellent cette évidence. On pourrait ainsi raconter l'histoire de ce cliché nous montrant l'horreur de la guerre civile espagnole. Les troupes de Franco assurèrent qu'ils s'agissait de tortionnaires républicains, alors qu'eux-mêmes affirmaient qu'on voyait là l'oeuvre des serviteurs du Caudillo. Et l'on dit maintenant que cette fameuse photo n'a pas été prise lors de la guerre civile espagnole, mais lors de celle du Rif au Maroc, entre 1921 et 1926 !

Daniel Girardin et Christian Pirker évoquent les pouvoirs « qu'aurait eu cette photographie sur le cours de l'histoire ». Au conditionnel. Sans donner plus d'explications sur les raisons de ce temps employé, et c'est bien dommage.

Ils font peut-être allusion aux travaux de ce chercheur américain en histoire de la photographie, qui a consacré son étude à celles de la guerre du Vietnam. Sa thèse, partagée par plusieurs autres historiens, est la suivante : une photo ne change pas le cours d'une guerre. Car une photo est "acceptée" par le public s'il est convaincu par avance de la justesse de la thèse qu'elle exprime. Autrement dit, la photo vient appuyer un sentiment, un discours préexistants. Quand celle de Nick Ut parut en 1972, ça faisait déjà un bon moment qu'une grande partie de l'opinion américaine souhaitait l'arrêt de cette guerre. Ainsi, l'image de la gamine napalmée ne leur révéla rien, ne les convainquit de rien. Elle ne fit que confirmer l'état d'esprit dans lequel ils étaient depuis 1968, année qui fut un tournant dans ce conflit.

On aurait aimé que ces quelques précisions soient présentes sur le cartel associé à cette photographie. On aurait aussi aimé discuter d'autres textes, voir des photographies manquantes, on aurait aimé plus, on n'est jamais content…

Mais revenons à la photo de Nick Ut. Examinons-la à la loupe afin d'aller plus loin que ce que nous en dit l'exposition Controverses, tentons de déterminer pourquoi elle nous touche encore, des années après la fin de la guerre du Vietnam.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Elle nous touche, nous sidère, parce qu'elle parle à notre inconscient d'être humain élevé dans la tradition picturale judéo-chrétienne. Eh oui, comme souvent ! (Voir ma chronique intitulée L'homme de Gaza, revenu d'entre les morts.)

Démonstration, 1ère partie

La petite fille est au centre de la photo. Elle est nue, a les bras étendus, est encadrée par d'autres personnages situés à sa gauche et à sa droite qui sont dans la même situation qu'elle. Derrière eux se tiennent des militaires.



Cette situation ne vous rappelle rien ? Remplacez la petite fille nue aux bras étendus par un homme barbu nu aux bras étendus itou, remplacez les autres enfants par des adultes, conservez les militaires et vous vous retrouvez devant une crucifixion des plus classiques avec le Christ entouré des deux larrons, les centurions impassibles dont certains se livrent à une partie de dés :


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <
Crucifixion par Andrea Mantegna, 1457-1459

Vous trouvez que le chroniqueur pousse, encore une fois, le bouchon un peu loin ? Vous pensez qu'il a une singulière tendance à convoquer ses lubies à propos de tout et de n'importe quoi ?

Démonstration, 2ème partie
Voici le cliché original de Nick Ut :



Et voici le recadrage qu'il opéra afin de donner plus de force à sa photographie :



En éliminant sur la droite deux militaires en arrière-plan et un photographe au premier plan (habillé en soldat, il est en train de recharger son appareil photo), en retaillant aussi le cliché sur sa gauche et en éliminant un bon bout de ciel, Nick Ut a recomposé son image pour lui donner l'aspect d'une crucifixion en tous points similaire aux canons de la peinture classique. Voilà pourquoi, par-delà son statut d'icône symbolisant l'horreur de la guerre du Vietnam, cette photographie nous parle encore, trente-cinq ans après la fin de cette guerre.


Controverses
photographies à histoires

Une exposition du Musée de l’Elysée (Lausanne), présentée à la Bibliothèque nationale de France.
BnF - Site Richelieu Galerie de photographie 58 rue de Richelieu - Paris IIe
Du 3 mars - 24 mai 2009

Le catalogue :
Controverses
Une histoire juridique et éthique de la photographie

par Daniel Girardin et Christian Pirker
22x28 cm, 320 pages
Éditions Actes Sud / Musée de l’Elysée
45 euros.
C'est pas donné, ouais. Mais ça vaut le coup.



Par Alain Korkos le 07/03/2009

Et ma réponse :

Tout se complique... 00:27 le 09/03/2009

Magnifique analyse Alain, sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur…

Cette petite fille, toute nue, brûlée, terrifiée c’est Phan Thi Kim Phuc, Née en 1963 elle avait donc 9 ans quand les Américains l’ont napalmée au Vietnam…

Nick Ut, le photographe Vietnamien d’Associated Press qui à “shooté” cette photo a aussitôt rangé son Leica, a pris la petite fille dans les bras pour l’emmener se faire soigner à Saïgon. 14 mois d'hospitalisation et 17 interventions chirurgicales… Depuis 1997 elle est Ambassadrice de Bonne Volonté (Goodwill Ambassador) de l'UNESCO.

En 1965, donc deux ans après Kim Phuc (le prénom vient toujours après le nom de famille au Vietnam), naissait ma femme, à Saïgon, Phan Thi Kim Lien, elles ne sont pas cousines mais il y a d’étranges coïncidences…

Je n’avais jamais vu le cadrage original, et pas davantage réalisé que cette photo représente très précisément une crucifixion.

Merci d’ouvrir ces perspectives très passionnantes.

S’il est vrai que l’opinion américaine n’avait plus envie de faire la guerre au Vietnam depuis 68, voire avant (Bob Dylan, Joan Baez et pas mal d’autres jouèrent leur rôle dans cette contestation) cette photo a suscité un tel écœurement dans l’opinion mondiale que l’armée américaine, lâchée par le peuple américain, n’eut pas d’autre choix que de plier ses gaules en 1975, sans gloire et dans la panique…

Un peu comme l’armée Française lâchée par ses politiques en 1954 au fond de la cuvette de Dien Bien Phu (toujours aussi brillants ceux-là, si vous n’avez pas vu les sénateurs présents pour la réforme de la justice la semaine dernière, c’est ici sur le 20 heures de France 2, samedi 7 mars juste après le 12ème minute, on sent bien la sueur, non ?

Donc l’armée américaine quitte Saïgon, la queue entre les jambes, rotation accélérée des hélicos entre l’Ambassade et les bateaux amarrés au Cap Saint Jacques (80 kms) prêts à lever l’ancre…

Que se passe-t-il après ? Répression sanglante, camps de rééducation, boat people tentant de fuir l’enfer à tout prix, et le prix c’est une chance sur deux de survivre, c’est peu…

Comme dirait Sempé, justement fêté ces jours-ci : “Rien n’est simple” suivi par “Tout se complique” !

***
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MessagePosté le: Lun 9 Mar - 01:40 (2009)    Sujet du message: Publicité

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Patrice Guyot
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MessagePosté le: Mer 12 Aoû - 14:30 (2009)    Sujet du message: Arrêt sur Images s'intéresse au Vietnam Répondre en citant

Voici la scène en vidéo, incroyable !



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MengWan


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MessagePosté le: Jeu 13 Aoû - 01:24 (2009)    Sujet du message: Arrêt sur Images s'intéresse au Vietnam Répondre en citant

Ouais, et le pire -pour moi- dans cette vidéo, c'est le GI qui prend une photo ...

Un peu comme certains chefs SS qui aimaient garder des souvenirs ...

Et aujourd'hui, si longtemps après, il y a toujours les malformations congénitales
dues aux poisons divers pulvérisés avec soin un peu partout !

J'ai oublié quand s'est tenu le procès des crimes de guerre US au Vietnam ...

Neutral
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 16:04 (2016)    Sujet du message: Arrêt sur Images s'intéresse au Vietnam

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